Depuis mon dernier message sur le CPE, de nombreux événements se sont déroulés, dont on ne mesurera bien toutes les conséquences qu'à l'échelle de plusieurs mois ou années. Deux d'entre elles apparaissent immédiatement et sont profondément regrettables
La défiance vis-à-vis des institutions
C'est une habitude française que de considérer comme responsables des crises les institutions présentes. A cet égard, notre pays est un de ceux, parmi les nations démocratiques, qui a connu la plus grande instabilité institutionnelle depuis deux siècles. Le passage d'une constitution à une autre est généralement corrélé à l'émergence ou à la prépondérance d'une force politique ; il en résulte une dépendance vis-à-vis de cette force politique des institutions. Ce fut le cas pour le Second Empire (bonapartisme), la 3ème république (Parti radical-socialiste), la 4ème République (MRP et SFIO). Dans un premier temps la 5ème République n'a pas échappé à cette règle, mais l'alternance de 1981 a permis paradoxalement le renforcement des institutions, par l'appropriation par ceux-là mêmes qui l'ont combattue de la Constitution de 1958.
La crise majeure que nous traversons depuis le non au traité Constitutionnel Européen (émeutes des banlieues puis CPE) ravive le spectre d'institutions usées qu'il faudrait changer. Dans un prochain message je creuserai davantage cet aspect des choses, mais force est de constater qu'un coin est enfoncé entre le peuple et nos institutions. C'est dommage, car celles-ci, pour être opérationnelles, doivent inspirer le respect, non la méfiance.
La fracture entreprise/société
De très loin, cette conséquence de la lutte anti-CPE me paraît être la plus regrettable. Beaucoup parmi les jeunes vont avoir, pour longtemps une vision de l'entreprise dominée par la crainte et la méfiance. Il suffit de les écouter et l'on peut aussi s'apercevoir que certaines apparences le laissent accroire.
Pourtant la réalité est autre. Tous les chefs d'entreprise que je rencontre me le disent : ils ne souhaitent qu'une chose : embaucher de façon durable. Embaucher un salarié est un acte, qui , pour une entreprise, représente en particulier du temps consacré à l'intégration de ce salarié dans une équipe. Licencier sans cesse n'est a priori pas le but de l'entreprise. Flexibilité ne signifie donc pas négation de la dignité des salariés. Mais pour que tout ceci devienne évidence, il faut une croissance forte et donc de l'investissement !